Retrouvez en intégralité l’article du Mag Sud Ouest sur la Philomathique

Du Coeur à l’ouvrage

Fondée en 1808, la Société Philomathique de Bordeaux est une école poly-techniques d’apprentissages reconnue d’utilité publique. Injustement méconnue du grand public.

Elle instruit depuis 1808. La Société Philomathique de Bordeaux, école où se rencontrent « le geste d’excellence de l’art traditionnel et le geste augmenté de la modernité ». La plus ancienne école de France, nichée au coeur de la ville, rue Abbé-de-l’Épée, monument imposant de 1869 construit par la Ville de Bordeaux avec le legs Fieffé, qui initiait là l’instruction professionnelle, inexistante alors. Mais « philomathique » encore ? Du grec philos (amis) et mathema (sciences, connaissances). « Un philomathe est quelqu’un qui promeut les arts et les sciences », décode Patrick Bergey, son délégué général, mémoire tutélaire de l’institution.

Menuisier, peintre décorateur, couturier, développeur ou intégrateur Web… en cours du soir, reconversion professionnelle, « apprentissage »… demandeurs d’emploi, décrocheurs, passionnés… Les « makers » viennent de tous les horizons. « Nous n’avons pas d’un côté l’atelier en bois et le développement Web de l’autre, résume placidement M.Bergey. L’objectif est toujours le même : apporter des réponses concrètes et adaptées aux besoin de l’activité économique et de l’emploi. »

FAMILLE D’EXCELLENCE

Et c’est bien ce dont il est question. Pousser les portes de l’établissement, c’est découvrir un monde tapi où jeunes et moins jeunes se croisent dans un univers de pierre et de bois, orné de sculptures. Richesse du patrimoine, et de ses hôtes encore. « Le » prof de peinture décor d’abord. M. Didier Linardon, élevé à la « Philo », comme son père. Mathique, dans le propos, « sophia » dans l’esprit. « Pour moi, c’est une institution. Quand on m’a proposé d’y enseigner, je n’ai pas pu refuser. Ici on peut redonner ses lettres de noblesse au métier. » Propos relayés par Célia Lelais, formatrice couture, modelisme et stylisme. « C’est une institution historique avec une vraie dimension sociale », répète celle qui enseigne à créer de « A à Z, toute une collection ». Sophie et Julia ont ainsi créé sa boite d’accessoires de mode, et une ligne de bikinis.

« Depuis quatre ans, je me trouve toujours de nouvelles excuses pour rester », plaisante l’apprenante. Même topo en tapisserie décoration, où deux jeunes quadras – ex-cadre en assurance ou consultant en ressources humaines – s’apprêtent à installer leur nouvelle activité. Reconversion tissée de passion. « On ne sent plus le clivage entre les manuels et les intellectuels, ça reste encore dehors mais c’est à nous de faire évoluer l’idée », balaie-t-on dans les rangs. Une ligne confirmée par Pierre Claverie, un des Meilleurs Ouvriers de France en Menuiserie, issu de la promotion 2015. Autre tradition maison. « Je suis le 52éme MOF en Menuiserie de la Société Philomathique. Tous les formateurs l’ont été. Quand je suis arrivé comme élève, j’ai trouvé une âme, quelque chose de familial en comparaison avec les lycées pro qui font plus industriel. Il y a un enseignement de qualité avec des gens passionnés, c’est ce que j’essaie de faire perdurer. Les profs sont très réputés, bien au-delà de Bordeaux. »

FAIRE SAVOIR

Du savoir-faire certes, mais quid du faire savoir ? Depuis les années 1970 et la structuration des voies professionnelles, la « dame » se voûtait. « Il y a eu, c’est vrai, depuis une vingtaine d’années, un déficit de communication. Le nouveau conseil d’administration à l’oeuvre depuis un peu plus d’un an développe une vrai stratégie, s’appuie sur des réseaux, des compétences. Il y a une vraie volonté de montrer ce patrimoine immatériel. Nous avons aussi le projet de nous ouvrir aux petits philomathes, de les initier à l’esprit « Makers ». Une façon d’améliorer, à terme, l’image de ces métiers. Ca change, apprécie aussi Pierre Claverie. « Comme Bordeaux, qui est longtemps restée accolée à l’image de belle endormie. » Les lumières sur la « Philo », c’est donc pour bientôt.

Texte de Marie Morizot.